En bref
- Google reste l’infrastructure dominante de la recherche : 95 % des utilisateurs de ChatGPT continuent d’utiliser Google, et la recherche classique conserve un volume environ cinq fois supérieur à celui des chatbots IA.
- ChatGPT cite davantage de sources, mais très peu : aux États-Unis, seulement 6,8 % des réponses contenaient un lien externe en mai 2026.
- La visibilité IA ne se confond pas avec le trafic : les pages citées par les modèles sont souvent profondes, tandis que les clics générés par l’IA arrivent majoritairement sur les pages d’accueil.
- La concurrence entre plateformes s’installe : ChatGPT, Gemini, Claude et Meta AI ne couvrent pas les mêmes usages, ni les mêmes audiences.
- Les marques doivent mesurer leur part de voix plutôt qu’un simple classement, car les réponses génératives dépendent d’algorithmes probabilistes et de contextes de requête variables.
Intelligence Artificielle face à Google : le rapport Similarweb 2026 confirme une cohabitation massive
Le rapport 2026 de Similarweb, construit à partir de données collectées entre mars et mai, ne valide pas l’idée d’un remplacement brutal de Google par l’Intelligence Artificielle. Il décrit plutôt une superposition des usages : les internautes ajoutent ChatGPT, Gemini ou Claude à leur routine, sans abandonner la recherche classique.
Sur 494 millions d’utilisateurs de ChatGPT observés, 461 millions utilisent également Google sur la même période. Autrement dit, environ 95 % des utilisateurs de ChatGPT restent aussi des utilisateurs de Google. Pour une entreprise comme “Maison Lenoir”, marque fictive de décoration qui suit ses performances SEO, le signal est clair : couper les investissements Google au profit exclusif de l’IA serait une erreur de pilotage.
Le différentiel de volume reste lui aussi structurant. La recherche traditionnelle représente environ 3,3 milliards de visiteurs mensuels, contre 655 millions pour l’ensemble des chatbots IA. Même avec une croissance annuelle de 57 % du côté des assistants génératifs, Google conserve une profondeur d’usage que les nouveaux acteurs n’ont pas encore égalée.
Cette lecture rejoint les observations publiées autour des AI Overviews et d’AI Mode dans Google : la firme de Mountain View n’attend pas que les usages migrent, elle intègre l’IA directement dans son moteur. La bataille ne se joue donc pas seulement entre deux interfaces, mais entre deux architectures de distribution de l’information.

Pourquoi les utilisateurs ne quittent pas Google malgré la montée de ChatGPT
La raison principale tient à la nature des tâches. Google reste performant pour les requêtes navigationnelles, locales, transactionnelles ou documentaires rapides : horaires, itinéraires, prix, marque, actualité, comparaison de produits. L’Intelligence Artificielle, elle, excelle davantage dans la reformulation, la synthèse, l’aide à la décision ou l’exploration d’un sujet complexe.
Clara, responsable acquisition chez “Maison Lenoir”, le constate dans ses tableaux de bord : ses clients découvrent parfois une idée de décoration via ChatGPT, mais reviennent sur Google pour vérifier une marque, lire des avis, comparer les prix ou trouver un point de vente. L’assistant génère l’intention ; le moteur capte encore une grande partie de l’action.
Le point technique est important : la recherche classique reste un graphe de pages et de liens, tandis que les modèles génératifs produisent une réponse contextualisée. Ce ne sont pas les mêmes algorithmes, ni les mêmes signaux d’autorité, ni les mêmes comportements utilisateurs. La vraie rupture n’est donc pas la disparition du SEO, mais son extension vers une couche de visibilité générative.
ChatGPT, Gemini, Claude : une concurrence IA plus fragmentée que prévu
Le paysage ne se résume plus à “ChatGPT contre Google”. Les données de Similarweb montrent une segmentation progressive des usages, avec des plateformes qui captent des profils et des intentions distincts. Cette fragmentation complique l’analyse, mais elle rend aussi la stratégie de visibilité plus fine.
ChatGPT reste très présent dans les recherches grand public : restaurants, santé, mode, beauté, conseils pratiques. Claude attire fortement les étudiants, chercheurs et profils universitaires, notamment pour les textes longs, les raisonnements structurés et l’analyse documentaire. Gemini, de son côté, surperforme sur les contenus techniques, les requêtes liées au matériel, aux environnements Google et à certains usages professionnels.
Cette dynamique explique pourquoi les analyses autour de la croissance de Gemini dans le trafic web sont particulièrement surveillées. Google dispose d’un avantage rare : il peut articuler son assistant IA, son moteur, Android, Chrome, Workspace et YouTube dans un même écosystème.
Gemini progresse, mais Google gagne surtout par intégration
La performance de Gemini ne doit pas être lue uniquement comme celle d’un chatbot autonome. Sa force vient de sa proximité avec les services déjà massivement utilisés. Quand une technologie se glisse dans Gmail, Docs, Search ou Android, l’adoption ne dépend plus seulement d’un changement d’habitude volontaire.
C’est une logique historique connue dans le numérique. Comme Microsoft avait imposé certaines pratiques via Windows et Office, Google peut orienter l’usage de l’IA par intégration native. L’innovation devient alors moins visible, mais beaucoup plus puissante : l’utilisateur n’a pas forcément l’impression de “basculer vers l’IA”, il utilise simplement une version augmentée de son environnement quotidien.
Dans cette configuration, la concurrence ne porte pas seulement sur la qualité des réponses. Elle porte sur la capacité à capter un moment d’usage, à conserver l’utilisateur et à transformer une requête en action mesurable.
Les liens dans les réponses IA restent minoritaires malgré une forte progression
L’un des chiffres les plus révélateurs du rapport concerne les citations externes. Aux États-Unis, la part des réponses ChatGPT contenant au moins un lien est passée d’environ 1 % à 6,8 % en un an. La progression est nette, mais le niveau reste faible : plus de 93 réponses sur 100 ne renvoient toujours vers aucun site.
Pour les éditeurs, e-commerçants et médias, ce chiffre change la lecture du trafic. Être présent dans une réponse IA peut renforcer la notoriété, mais cela ne garantit pas un clic. L’autorité devient parfois implicite : la marque influence la réponse sans recevoir de visite directe.
Les équipes SEO qui travaillent déjà sur le référencement à l’ère de l’intelligence artificielle doivent donc distinguer deux métriques : la présence dans les réponses et la génération effective de sessions. Confondre les deux conduit à surestimer l’impact commercial de certaines mentions.

Pages citées par l’IA et pages cliquées : le grand décalage
Le rapport met en évidence un paradoxe opérationnel. 65 % des URL citées par ChatGPT pointent vers des pages profondes, situées à deux ou trois niveaux dans l’arborescence d’un site. Ces contenus servent de preuve, de support ou de référence à la réponse générée.
Pourtant, 58,8 % du trafic de référencement généré par l’IA arrive sur la page d’accueil. Les pages utilisées comme sources et celles effectivement visitées ne sont donc presque jamais les mêmes. Aleyda Solis, fondatrice d’Orainti, souligne précisément ce décalage : mesurer les citations ne suffit pas à comprendre le comportement réel après exposition à une réponse générative.
Reprenons l’exemple de Clara. Son guide “Comment choisir un luminaire pour une cuisine ouverte” peut être cité par un assistant IA, mais l’utilisateur qui clique cherchera ensuite la marque, tapera son nom ou arrivera directement sur la page d’accueil. Si Clara ne suit que l’URL du guide, elle sous-estimera la contribution réelle de ce contenu à la découverte de marque.
IA générative en 2026 : une adoption qui dépasse l’effet de mode
Les signaux d’usage contredisent l’idée d’une bulle purement médiatique. Entre juin 2025 et mai 2026, les plateformes d’IA générative ont atteint 9,5 milliards de visites mensuelles, soit une hausse de 70 % sur un an. L’audience s’élargit aussi en âge : la moitié des utilisateurs a désormais plus de 35 ans, alors que les moins de 34 ans représentaient 61 % des utilisateurs deux ans plus tôt.
Meta AI illustre une autre trajectoire. Ses utilisateurs actifs mensuels sont passés de 384 millions en septembre 2024 à 1,2 milliard en mars 2026. La plateforme ne s’est pas imposée comme destination autonome, mais par capillarité, via Instagram, Facebook, WhatsApp et Messenger.
Cette distribution embarquée transforme le marché. Les outils d’IA ne sont plus seulement des sites que l’on visite ; ils deviennent des couches fonctionnelles intégrées aux applications sociales, bureautiques, commerciales ou conversationnelles. La donnée d’audience doit donc être interprétée avec prudence, car l’usage réel peut être invisible dans les métriques web traditionnelles.
Une visibilité IA variable selon les secteurs, les marques et les plateformes
Le rapport montre aussi que toutes les marques d’un même secteur ne bénéficient pas du même niveau de visibilité. Dans la beauté, CeraVe atteint un indice de visibilité de 100, tandis que NYX Cosmetics descend à 19. Cet écart ne signifie pas seulement que l’une est plus connue que l’autre ; il reflète la manière dont les modèles associent des entités, des contenus, des avis, des pages de référence et des contextes de requête.
Kevin Indig, auteur de Growth Memo, recommande de raisonner en part de voix plutôt qu’en score absolu. Cette approche est plus robuste, car les réponses génératives varient selon la formulation, l’historique, la langue, le pays et la plateforme. Dans un système probabiliste, un classement figé perd rapidement de sa pertinence.
Les spécialistes qui travaillent sur les stratégies de mentions dans les réponses IA cherchent précisément à cartographier cette part de voix. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir une citation ponctuelle, mais d’apparaître de façon récurrente dans les contextes où la décision se construit.
Ce que les marques doivent mesurer dans Google et l’Intelligence Artificielle
Le nouvel enjeu n’est pas de choisir entre Google et les assistants IA, mais de relier leurs signaux. Une marque peut être découverte dans ChatGPT, validée dans Google, comparée sur YouTube, puis achetée via une marketplace. Le parcours n’est plus linéaire ; il ressemble davantage à un réseau de micro-validations.
Les entreprises doivent donc adapter leurs tableaux de bord. Les données de trafic restent indispensables, mais elles ne suffisent plus. Il faut ajouter des indicateurs de visibilité générative, de couverture thématique, de cohérence des entités et de présence sur les pages profondes.
- Mesurer la part de voix IA par plateforme, secteur, langue et intention de recherche.
- Comparer les URL citées et les URL visitées pour identifier les écarts entre influence et trafic réel.
- Renforcer les pages profondes avec des contenus structurés, sourcés et suffisamment spécifiques pour servir de référence.
- Maintenir l’optimisation Google, car la recherche classique conserve le volume dominant et reste centrale dans les parcours transactionnels.
- Analyser les concurrents par type de requête : une marque peut dominer sur ChatGPT et être faible sur Gemini, ou l’inverse.
Les ressources de Similarweb permettent justement d’observer cette concurrence à travers des volumes, des tendances et des segments d’audience. Pour une direction marketing, l’intérêt n’est plus seulement de savoir “qui fait le plus de trafic”, mais “qui capte l’attention utile avant la décision”.
Pourquoi la page d’accueil redevient stratégique dans les parcours IA
Le retour massif vers la page d’accueil depuis le trafic IA rappelle une règle ancienne du web : quand l’utilisateur ne sait pas exactement où aller, il cherche un point d’ancrage. La page d’accueil joue alors un rôle de sas de confiance, même si la preuve initiale vient d’un contenu plus profond.
Cette situation oblige les sites à mieux connecter leurs niveaux d’arborescence. Une page experte peut être citée par un modèle, mais elle doit faciliter la navigation vers les offres, les preuves sociales, les catégories et les contacts. À l’inverse, une page d’accueil doit refléter clairement l’expertise qui alimente les réponses génératives.
Dans un contexte où Google, ChatGPT, Gemini et Claude redistribuent les points d’entrée, la performance ne dépend plus d’une seule position dans les résultats. Elle dépend d’un maillage : contenus profonds pour être compris par les algorithmes, pages centrales pour convertir les visites, signaux de marque pour rester mémorisable.
